17 février 2009 2 Commentaires

Main basse sur l’école publique

Main basse sur l’école publique:un essai salutaire

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Xavier Darcos veut-il démanteler l’école publique ? Oui, répondent les auteurs d’un livre paru chez Demopolis

Pour l’enseignant Eddy Khaldi et la journaliste Muriel Fitoussi, l’actuel ministre de l’Education nationale entend saper les bases de l’école publique républicaine et pousser peu à peu classes moyennes et supérieures vers le privé.

Leur livre, “Main basse sur l’école publique“, est, malheureusement, aussi étayé que convaincant.

Les auteurs se sont penchés sur la généalogie des idées qui marquent ce gouvernement, en matière d’éducation nationale. Celles-ci vont puiser dans un vivier idéologiquement marqué, qui emprunte aussi bien au Club de l’Horloge (extrême-droite) qu’à l’Opus Dei.

Catholiques conservateurs et droite ultra-libérale se sont rejoints, expliquent Eddy Khaldi et Muriel Fitoussi, pour prôner “le chèque éducation” (aux Etats-Unis, “school voucher”): un coupon donné à l’école de son choix. L’école remet le coupon au gouvernement, qui le convertit en argent. On se doute des conséquences d’une telle mesure : appauvrissement de l’école publique, enrichissement des écoles privées les plus prisées, baisse générale du niveau des enseignants, fin de toute mixité sociale.

Xavier Darcos s’est bien gardé, expliquent les auteurs, d’appliquer d’emblée une mesure si brutale. Pour affaiblir l’école publique et préparer les esprits, mieux vaut avancer masqué. Il s’agit d’abord, martèle le gouvernement, de faire des économies. Sans guère susciter de réaction, deux heures d’enseignement ont ainsi été supprimées cette année dans le primaire (le samedi matin). Suppression également de 11.200 postes d’enseignants dans l’Education nationale (13.500 prévus l’an prochain). Détail rarement souligné, mais relevé par nos auteurs (pages 69 et 78) : le gouvernement a ôté, en proportion, moins de postes dans le privé (les enseignants des écoles sous contrat sont payés par l’Etat), que dans le secteur public.

Insidieusement, l’argent public s’oriente de plus en plus vers l’enseignement privé, en particulier catholique. Et le mouvement ne date pas d’aujourd’hui : la loi sur la décentralisation du 13 août 2004 “impose aux communes de contribuer aux frais de scolarité des élèves qui résident sur leur territoire et sont inscrits dans une école privée située sur une autre commune”. Une loi impulsée par Jean-Pierre Raffarin qui aurait prononcé en juin 1994, devant des personnels d’établissement catholique de Poitou-Charentes, cette phrase ahurissante : “Je ne serai pas le complice du développement de l’enseignement public” (page 142).

Autre concession de taille à la droite la plus réactionnaire : la suppression des IUFM, dénoncés depuis longtemps par celle-ci comme un nid de “pédagogistes” malfaisants.  “L’économie réalisée par une telle opération se chiffre à près de 30.000 emplois de stagiaires, le volet IUFM du budget de l’education nationale étant purement et simplement supprimé, puisque la formation dispensée aux élèves-professeurs ne serait plus rémunérée”. Conséquence incroyable : l’enseignement devient le seul métier qui ne nécessite pas de formation spécifique.

A ranger dans le même rayon, la pseudo-suppression de la carte scolaire. Comme il est difficile de pousser les murs, lycées  et collèges publics cotés n’accueillent pas plus d’enfants. L’annonce gouvernementale d’”aménagement” de la carte scolaire a surtout multiplié les parents déçus, qui se sont rabattus (quand ils ont pu) sur les lycées et les collèges privés. Une déception qui ne doit rien au hasard : si l’on en croit les auteurs du livre, tel était le but de la manoeuvre. “Devant le naufrage annoncé et comme précipité de l’Education nationale, … l’école privée, bien que porteuse de ségrégation sociale, est en passe de devenir le nouvel eldorado de familles séduites par les slogans des marchands d’école, à longueur de palmarès et d’articles élogieux que, pourtant les statistiques officielles démentent.”Autant lire au plus vite cet ouvrage salutaire qui met en garde l’ensemble des parents contre l’asphyxie programmée de l’école républicaine. Certes, celle-ci ne saurait être exempte de critique et ne parvient pas toujours à mener à bien toutes ses missions.  Mais elle tente de le faire, avec de moins en moins de moyens. L’école publique est encore un lieu de mixité sociale, et elle est seule à garantir un enseignement laïc, gratuit et obligatoire. Un héritage en voie de liquidation.

-> “Main basse sur l’école publique” Eddy Khaldi et Muriel Fitoussi (Demopolis, 20 euros)

2 Réponses à “Main basse sur l’école publique”

  1. ansartsylvie 17 février 2009 à 21:06 #

    Nous pensons que ces réforme s’inscrivent dans un véritable démantèlement du service public d’éducation et qu’elles contribuent à affaiblir la dimension humanisante de l’école, qu’elles conduiront tôt ou tard à laisser sur le côté les enfants les plus fragiles.Nous ne voulons pas d’une école qui déscolarise, qui marginalise et, à terme qui incite au développement de la violence, voire de la délinquance.
    M. DARCOS semble souffrir de la même maladie que M. SARKOZY: la suridté précoce! Ils n’entendent pas les parents d’élèves, les enseignants, qui s’unissent pour se battre pour leur école public. comme tous les parents, nous voulons une école de la réussite et du bien être pour tous ! Peut-on tolérer que des choix budgétaires mettent en péril l’ensemble de notre École Publique ?
    De plus que penser d’un Ministre qui tient des propos méprisants envers les enseignants et par la même, manque de considération voire de respect envers nos enfants. Les parents ne comprenent pas son refus d’ouvrir un vrai dialogue avec les différents acteurs de l’école concernés, et malgré tous les soutiens.
    Où est la logique de toutes ces réformes (par exemple, lors de sa campagne électorale pour les présidentielles, Maître Sarkozy avait mis en avant la lutte contre l’échec scolaire. Il a donné des devoirs à faire à M. DARCOS, sa « feuille de route ». Résultat: suppression de poste dans les RASED)? Si logique il y a, elle ne peut évidemment qu’être économique et de ce fait, ne peut aucunement entrer dans une réflexion constructive sur la réussite éducative pour tous.
    Alors dans le combat DARCOS Vs FERRY, qui va gagner à votre avis?

  2. rénovateursdunord 17 février 2009 à 23:07 #

    La mobilisation semble prendre. 4 mouvements importants l’an dernier. 5 et bientot 6 cette année alors que d’autres dossiers litigieux sont ouverts : réforme du lycée, conséquences de la loi LRU, suppression de la carte scolaire en 2010, enseignement privé favorisé…De notre côté, le Ps retrouve peu à peu une assise et un discours mais il est évident que ce sont d’abord les enseignants, la communauté educative, les parents d élèves qui pourront par leur mobilisation stopper le train de mesures gouvernementales.


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