8 août 2017 1 Commentaire

Chronique d’un quinquennat raté

cambalomme


Nous avons d’abord été battus par nous mêmes. 

Nous avons d’abord raté l’alternance promise en 2012 après avoir pourtant subi et dénoncé les 10 années de gouvernement de la droite entre 2002 et 2012. 

Nous n’étions pas prêts à gouverner et à mener une politique de Gauche comme les premiers mois du quinquennat l’ont montré. La suite a été un calvaire politique symbolisé par le changement de cap économique, la mise en place du CICE sans contrepartie, l’alourdissement absurde des impôts et la déchéance de nationalité. Tout cela a concouru à nos divisions internes et à voir des députés socialistes déposer des montions de censure contre leur propre gouvernement.

Nous sommes responsables à la fois d’un quinquennat raté et de ses conséquences politiques.

À quoi servirait il de le nier attendant une réhabilitation que l’avenir ne pourra donner?

Non pas que tout le quinquennat et la somme des politiques menées aient été nuls, notamment sur le terrain de la jeunesse et de l’ éducation, de l’accès à la santé, des mœurs mais la cristallisation autour de la politique économique  et de la loi Travail a balayé tout le reste. 

Les yeux fixés sur le désendettement  du pays,sur le niveau de chômage et la manière de le réduire ont obscurci tout le reste et nous a fait perdre le fil conducteur: le combat contre les inégalités. 

 Celles ci sont vivement ressenties par les  » exclus de l’intérieur » , ceux et celles appartenant à notre société et pourtant rejetés, dominés, déclassés et donc révoltés.

Les laissés-pour-compte de la mondialisation, les victimes de ce déclassement, les oubliés de la République, les français tout simplement en colère ne pouvaient pardonner à ceux qui les abandonnaient. C’est dans tous les cas comme cela qu’il faut traduire la posture de nos concitoyens . À quoi bon voter pour les socialistes si eux mêmes ne croient plus en un certain idéal pour préférer le « pragmatisme »? 

À quoi bon voter pour cette Gauche si sa légitimité politique lui fait tellement défaut dans l’ incarnation même du pouvoir?

Ce gâchis historique n’est pas plaisant à écrire, il est même particulièrement douloureux…il me paraît,quelques semaines après les élections,nécessaire et indispensable. 

Le réalisme de Gauche, « cher Manuel Valls », n’est pas la social-démocratie .

Cela a d’abord été le choix premier de s’aligner avec l’Union Européenne et d’assurer, coûte que coûte, la compétitivité des entreprises. Les coups portés aux français ont été aussi les coups portés à notre Parti, à nos idées et nos valeurs.

Cela a d’abord été le choix, « cher Francois hollande », de mener une politique court-termiste sans pouvoir pourtant capitaliser. Ce fut même l’inverse , la lente agonie et l’auto-empêchement. 

Tous les dominos sont tombés, rien n’a pu empêcher nos défaites politiques de s’enchaîner alors que la paresse de notre pensée faisait aussi place à l’émergence de Macron.

Rien pourtant n’était écrit à l’avance tant l’espérance de 2012 était forte et nous avait aussi permis de l’emporter. Chacun se souvient de l’épisode de Florange ,du désaveu pour Arnaud Montebourg et du désespoir des salariés. Se souvient on aussi de l’enterrement de deux réformes indispensables, celles de la justice fiscale et de la protection sociale?

Entre occasions ratées et les inflexions « libérales », déjà teintées de macronisme, nous ne pouvions qu’échouer. Chronique d’un quinquennat défaillant.

Tout depuis a explosé. À quoi a servi le Parti socialiste pendant le quinquennat?

« Le Parti propose, le Président dispose » a théorisé Jean Christophe Cambadelis.

La force de l’inertie n’a jamais un pouvoir totalement entraînant.

Nombre de militants et sympathisants sont partis. Les électeurs ont précédé puis suivi, en masse.

De nombreux élus ont été battus, aux cantonales,aux régionales, aux municipales et évidemment aux législatives, souvent de manière injuste.

Jamais nous n’avons été aussi faibles depuis la création du Parti socialiste.

Et pourtant…

Et pourtant, nous sommes toujours là après ce quinquennat si difficile pour nous mêmes et pour nos concitoyens. 

Totalement conscients que la prochaine Gauche doit se réinventer pour tirer toutes les leçons de ces 5 ans. 

Le parti socialiste ne pourra le faire seul mais en liaison étroite avec les aspirations des Français et de la société, de nos partenaires à Gauche, de toutes celles et ceux qui refusent le libéralisme et l’austérité .

Le score réalisé par Benoit Hamon est certes dans tous les esprits mais il ne peut et ne doit nous faire oublier la qualité des réponses aux enjeux qui sont devant nous. Jamais dans un programme de Gauche, l’écologie n’a eu de place aussi centrale parce que ce projet de social écologie est un impératif et entre en résonance avec les aspirations des français. C’est, en ce début de siècle, la marche vers les transitions.

Les Verts ont gagné cette bataille politique, ils ont gagné la bataille des esprits et des consciences.

Avec eux, et tous ceux qui le souhaiteront, il est nécessaire de bâtir une nouvelle alliance à Gauche afin de mêler les réponses économiques, sociales et environnementales.

Nous restons dans nos politiques locales les moteurs de cette nouvelle alliance et surtout les fédérateurs autours de ces politiques de transitions. Nous y croyons parce qu’elles sont indispensables au risque, non d’être une nouvelle fois battus, mais de menacer l’avenir de nos enfants. 

Une réponse à “Chronique d’un quinquennat raté”

  1. Chigri 8 août 2017 à 18:36 #

    Bonsoir Olivier, je suis completement d’accord avec ton analyse même si je pense qu’elle arrive un peu tard. Ce constat nous (les camarades du local) l’avons fait depuis longtemps. Le souci est que nous ne faisons plus de politique depuis longtemps. Il n’y a plus de débats de fond. Que des affaires méprisantes qui ont largement balayé nos valeurs et qui ont éloigné les français de la politique. Nos valeurs de gauche ne sont plus portées pour ne pas dire oubliées par nos responsables politiques. Ces mêmes responsables politiques déconnectés de la vie locale, deconnectés des camarades toujours présents à chaque échéance électorale et qui s’en prennent plein la figure. Il ne faut pas reconstruire car il n’y a rien à reconstruire, avec qui? avec quoi? Il faut tout balayer pour tout construire, repenser la gauche en partant de la base locale. C’est mon humble avis.


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